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L'édito du 06/04/19 par Marie Versuselle         le blog des salariés           à propos de

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Le témoignage de Rachel Jollivet AVS depuis 6 ans en CESU

réédition du N° 16 mais cette contribution est l'un des échanges les plus importants du projet

Les réponses de Marie Versuselle en note
Rachel Jollivet Vous allez dire que j'ai l'esprit de contradiction très développé mais ce que vous proposez, c'est "dans l'idéal". 1
Tou(te)s les AVS n'envisagent pas de passer du mode prestataire au mode mandataire voire au Césu. Certain(e)s préfèrent la "sécurité" d'une structure d'aide à la personne pour gérer les absences, arrêts maladies ou congés même si leur employeur les sur-exploite et les sous-paye (car les salarié(e)s ne connaissent pas suffisamment leurs droits {ou ne les défendent pas, par peur de perdre leur emploi] et la Convention Collective qui régie leur employeur).2
Dans la réalité, ça ne se passe pas vraiment comme ça. La plupart du temps, les personnes chez qui on intervient (ça fait 6 ans que je travaille en Césu) sont seules car leur conjoint(e) est décédé(e), leurs enfants habitent loin ou ne veulent pas s'en occuper (la vieillesse et la maladie, ça fait peur) et les heures de prestation sont déterminées par rapport à celles des infirmières, kiné, médecin ou tout autre intervenant extérieur. La personne chez qui j'interviens le plus souvent (dame âgée de + de 92 ans, célibataire, sous tutelle, atteinte de la maladie d'Alzheimer mais toujours dans sa maison) ne me "donne" que 13h par semaine. Nous sommes 3 AVS à tourner chez elle mais nous ne sommes pas à temps plein (et mes collègues ont elles aussi d'autres obligations envers des employeurs extérieurs).3
Régulièrement, je cherche de nouveaux employeurs en Césu pour compléter mon planning (toujours dans le même secteur géographique) et j'ai remarqué que les gens avaient beaucoup de mal à faire confiance aux AVS en Césu pour autre chose que du ménage/repassage. Ce qu'ils voient (et ils ont raison), c'est que s'ils s'engagent dans un contrat Césu pour de l'aide à la personne et que l'AVS manque à l'appel pour x raisons, ils se retrouvent le bec dans l'eau. Or, pour le ménage/repassage, c'est beaucoup moins grave, ça peut attendre.4
En tant qu'AVS en Césu, ce n'est pas simple de trouver un binôme voire un trinôme qui puisse modifier aussi ses horaires pour que les 3 emplois du temps concordent et que l'une remplace l'autre ou la 3ème s'il y a un souci.5
Votre solution des "3 collègues qui s'entendent" est viable si elles trouvent 2 particuliers employeurs qui ont besoin d'elles tout au long de la journée, pas seulement aux "heures de pointes" : 8h, 12h et 19h. Pour les employeurs très dépendants qui demandent une surveillance aussi de nuit, il faudra compter le double d'employé(e)s pour que le roulement fonctionne.6
La plupart du temps, il y a des "trous" dans nos plannings car les personnes dépendantes demandent toutes les mêmes horaires : lever/toilette/habillage/petit déjeuner à 8h le matin, déjeuner/change/vaisselle/rangement à 12h et dîner/petite toilette/tenue de nuit/coucher à 19h.7
En dehors de ces horaires, ce qui peut combler nos temps d'attente, c'est la diversité des prestations : ne pas hésiter à proposer de la compagnie pour qu'ils puissent se confier (si besoin), pour écouter de la musique ensemble ou chanter avec eux; les faire participer à des activités comme le jardinage, la cuisine, la lecture ; des aides à la mobilité pour les rendez-vous médicaux ou personnels, des sorties dans les parcs ou centres de loisirs.., tout ce qui peut changer les idées de nos particuliers employeurs (dans la limite du possible, bien sûr). C'est un des avantages à travailler en Césu : nous avons le temps de les connaître et de trouver ce qui peut leur redonner le sourire en dépit de la maladie, du handicap et/ou de la vieillesse. 8
Je pense qu'une grande prise de conscience générale sera nécessaire afin que notre profession (qui n'est pas un travail fourre-tout mais bien un métier indispensable au maintien des personnes à domicile) soit enfin reconnue en tant que telle. Ainsi, le nombre de contrats en Césu pourra augmenter dans les années à venir. Les AVS ne sont pas "des bonnes à tout faire", ils/elles ont un champ de compétences à respecter, des qualités relationnelles évidentes, des capacités aussi bien techniques que morales pour favoriser le bien-être des personnes dont ils/elles s'occupent.9
Marie Versuselle :
1  Je vous remercie pour votre contribution. je n'ai pas travaillé 25 ans dans les projets sans qu'on en discute. Discuter, c'est chercher à comprendre, donc s'intéresser, apporter l'éclairage de son expérience. Ce que vous faites de façon remarquable. Si une solution idéale existait, elle serait mise en place depuis 25 ans que le vieillissement de la population est prévisible : il n’y a donc que des solutions mieux adaptée à une situation.
2 Les conventions collectives, ne sont pas non plus idéales, c’est le résultat de négociations et de compromis entre les exigences de la banche d’activité : pour les AVS la contrainte du rythme biologique, et les intérêts des salariés (Amplitude/temps de travail/déplacement). Les branches les plus malmenées : la sécurité, les soins dont la branche du maintien à domicile, les transports, la restauration...
3 les veufs et les veuves c’est un problème insoluble dans la limite des revenus des retraités de la classe moyenne visés par l’étude : les revenus diminuent, il est question d’une baisse des reversions, les charges liées au logement  restent stables, les besoins en assistance augmentent, le crédit d’impôt est divisé par deux (sur ce dernier point voir mon courrier, resté sans réponse et ma proposition au grand débat d'un crédit d'impôt par foyer et non par personne )
4 Vous abordez là le point central du problème de la profession lié d’une part à une absence de sélection sérieuse, mais aussi à un défaut dans la formation professionnelle. La priorité à la mission c’est l’ADN du projet Horizon AVS, c’est donc un projet très sélectif. Je tente de contourner le problème en donnant un rôle de maitrise à l’AVS coordonatrice, un exigence que l’employeur peut rarement assumer.
5 Ici aussi, le planning une fois discuté entre les salariés est contractuel, il figure dans le contrat avec l’employeur, on ne le discute pas à la petite semaine.
6 Ce n’est pas deux c’est 2 groupes de deux 4 employeurs soit sur les seules périodes de pointe que vous évoquez 1 heure d’intervention 3 fois par jour 7 jours sur 7 48 semaines par an soit 4*3*7*48 = 4032heures de travail payé 52 semaines y compris les congés payés pour 3 salariés 4032/3/48= 28 heures hebdomadaires assurées suivant le planning choisi. Comme les personnes seules, les gardes de nuit sont économiquement écartées de l’étude.
7 Dans des limites économiquement viables, il est possible de porter le temps de travail à 24 heures : 21 heures + 45 minutes pour une douche shampoing hebdomadaire 10’ par jour en temps complémentaire pour acheter le pain, déposer courrier à la poste, passer à la pharmacie pour les médicaments 1 heure de ménage complémentaire hors de la zone de confort… le budget mensuel pour l’employeur après impôt passe de  586€ à 674€ par mois après crédit d’impôts (article soyez pro) dans ce cas 4*24*48=4608 pour 4 employeurs et pour 3 salariés 4608/3/48=32 heures hebdomadaires.
8 Sur la base de 24 heures hebdo, l’interruption du matin moins la pause obligatoire de 20’ risque d’être un bon demi temps de 6 heures et suivant le budget de l’employeur, un après midi de “loisir” peut encore compléter votre temps de travail à 35 heures et plus.
9 Complètement d’accord avec vous sur votre conclusion, et le projet Horizon AVS vise à crédibiliser le professionnalisme des AVS tout en restant dans le champs du possible de la réglementation. La coordonatrice assure la continuité du service par délégation à la manière d’un agent de maitrise, elle propose pour ce faire, les conditions du contrat en vue de l’exécution du planning et des temps de travail, elle assure le contrôle du temps de travail, et la coordination entre les employeurs comme l’exige la note sur le multi salariat du Ministère elle rend compte à son employeur. En ce sens la relation de coopération se substitue à la relation de subordination. Espérons, on peut toujours rêver, que des mesures favoriseront le développement de ces propositions en vue d’améliorer le niveau de rémunération des AVS coordonatrices.
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